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 Entretien de Franck Lepage

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MessageSujet: Entretien de Franck Lepage   Dim 27 Sep - 19:31


Des éléments intéressants de réflexion , même si c'est triste que pour Lepage les gens susceptibles de contester l'état actuel des choses ne peuvent choisir qu'entre Lordon et Soral. C'est triste que le paysage idéologique actuelle se résume pour beaucoup de gens en France à une alternative entre Bourdieu, Lordon, Chouard, Soral. On s'étonne ensuite qu'il y ait des ponts entre la gauche dite "radicale" et l'extrême droite, remettre en cause l'éducation telle qu'elle est pratiquée ça devrait être aussi détruire toutes ces figures qui nous servent des idéologies prémâchées tout juste bonnes à satisfaire l'égo de lecteurs qui se sentent avoir un rôle important à jouer dans l'évolution de ce monde...

Citation :


Dans votre conférence gesticulée « Inculture(s) 2 », vous parlez de l’Université expérimentale de Vincennes, qui a ouvert ses portes aux lendemains de Mai 68 pour apporter une réponse aux revendications des étudiants. Pouvez-vous décrire comment vous avez perçu cette expérience et ce qu’elle avait de révolutionnaire ?

C’était un puissant sentiment d’égalité. Comparativement aux autres facultés où j’ai étudié, je ne m’y sentais pas « élève » : je m’y sentais chez moi. C’était un sentiment curieux où l'on se sentait complètement maître de ce que l’on avait envie de faire et d’apprendre. Il n’y avait que des gens qui étaient là pour développer une pensée critique et non obtenir un diplôme ; il y avait une effervescence intellectuelle où tout le monde cogitait, une sorte de bouillonnement incroyable et, pour la première fois comme étudiant, j’ai eu l’impression d’être un adulte et que ce que je disais comptait. On n’arrêtait pas de proposer des choses, de modifier les cours : nous étions tous chercheurs. Il y avait un monde fou : 32 000 étudiants ! C’était une ville. Il y avait un souk dehors, des assemblées générales tout le temps, on recevait sans arrêt des révolutionnaires : des Palestiniens, des Irlandais... C’était un endroit où l’on formait de la pensée contre le capitalisme, dans les années 1970, puisque l’Université de Vincennes a duré de 1969 à 1980. On pouvait circuler librement dans les salles et si on avait une après-midi à tuer, on pouvait aller assister à n’importe quel cours. On pouvait se gaver de savoir critique.

« Il n’y avait que des gens qui étaient là pour développer une pensée critique et non obtenir un diplôme ; il y avait une effervescence intellectuelle où tout le monde cogitait, une sorte de bouillonnement. »

Il y avait des départements et des filières dans à peu près toutes les disciplines des sciences humaines, mais aussi en mathématiques et en langues. On pouvait passer des diplômes mais ils étaient uniquement reconnus à Vincennes. Le contenu des cours était toujours négocié ; c’était un régime d’assemblée générale permanente. Il faut se rappeler que, dans les années 1970, tout était politique. Tout le monde était engagé et si tu ne l’étais pas, tu étais un bouffon ; aujourd’hui, c’est l’inverse : si tu es engagé, tu en es un. Il existait une forme d’égalité avec les professeurs, qui étaient sans cesse remis en question : dès qu’un truc n’allait pas, on séquestrait le président (qui était un allié). Il y avait des grèves tout le temps ; politiquement, ça n’arrêtait pas. Ça a d’ailleurs été énormément décrié par les médias, qui ne voyaient ça seulement sous l’angle du foutoir, du bordel et de la drogue. Il n’y avait que des adultes et j’y ai rencontré des gens passionnants. Curieusement, il y a eu très peu de travaux sur cette expérience de Vincennes, en tout cas, peu de travaux de fond. Il existe un film, Le ghetto expérimental, mais il donne une image bordélique et, pour moi qui l’ai vécu, il ne rend pas justice à ce qu’était Vincennes. Bien sûr, 32 000 étudiants en autogestion, ce n’était pas simple ! Il y avait des affiches révolutionnaires partout sur les murs et, pour aller d’un département à l’autre, il fallait traverser des terrains vagues — mais ce n’était pas cela qui était important... Les bâtiments avaient été réquisitionnés auprès de l’armée. Je n’y ai fait que des études intéressantes, je n’ai pas souvenir d’un seul cours dans lequel je me sois ennuyé. J’ai appris à faire du cinéma, des films d’animation, du théâtre forum… Tous les professeurs intéressants voulaient enseigner à Vincennes et ils savaient pourquoi ils étaient là.

Régis Debray a récemment déclaré sur France Inter : « Il y a deux fondamentaux, l’effort de l’élève et l’autorité du maître. Ça paraît banal mais l’enseignement est un lieu d’exigence. […] Et l’autorité du maître est fondée sur le savoir, le maître sait des choses que l’élève ne sait pas et donc il y a une hiérarchie. Elle est fondée sur le travail et sur l’effort qui sont plutôt des valeurs de gauche me semble-t-il³. » Que vous inspire cette vision de l’éducation ?

C’est complètement idiot. C’est la vision de l’éducation portée par Régis Debray, Alain Finkielkraut, Élisabeth de Fontenay, Charles Coutel et toute leur clique — qui en appellent à l’école comme lieu de discipline. C’est toute la théorie du maître. On a complètement dépassé cela depuis : il suffit de lire Le Maître ignorant de Jacques Rancière pour s’en rendre compte. Pour comprendre, il faut remettre Debray dans son époque. Les années 1970 sont d’une extrême effervescence en terme de réflexion pédagogique : du fait du plein emploi (du moins pour les hommes, comme le rappelle Bernard Friot — les femmes étant alors moins demandeuses d’emploi) et que tout allait bien, on a commencé à remettre en question ce qu’était l’école. Il y avait des expérimentations pédagogiques absolument partout : c’était l’époque des écoles parallèles et tout le monde se mettait à faire de la pédagogie à la Freinet. Le système d’éducation descendant centré sur le maître, à la mode IIIe République, apparaissait comme non fonctionnel, comparativement. Mais tout ce courant novateur allait se refermer dans les années 1980, avec l’apparition du chômage. L’école allait très brutalement changer de cap pour devenir le lieu d’un fantasme des pouvoirs publics et des parents, selon lequel c’est à l’école de donner un emploi. En quelques années, toutes les expériences pédagogiques disparurent et l'on rentra à nouveau dans un schéma de l’école orientée vers les résultats et les diplômes — donc une école extrêmement sélective. Évidemment, cela n’a pas marché et a laissé quantité de gens des classes populaires sur le carreau. Le discours de Debray, qui était par conséquent réactionnaire, préconisa la restauration de l’autorité du maître. Pourtant, c’est souvent une bonne chose quand il y a désaveu du professeur. Nul besoin d’être très matérialiste ou sociologue pour se rendre compte que lorsque des élèves de banlieue envoient balader un professeur, ils ont souvent raison de le faire.

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Lepauvre

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MessageSujet: Re: Entretien de Franck Lepage   Dim 27 Sep - 20:49

Swagluminati a écrit:

Des éléments intéressants de réflexion , même si c'est triste que pour Lepage les gens susceptibles de contester l'état actuel des choses ne peuvent choisir qu'entre Lordon et Soral. C'est triste que le paysage idéologique actuelle se résume pour beaucoup de gens en France à une alternative entre Bourdieu, Lordon, Chouard, Soral. On s'étonne ensuite qu'il y ait des ponts entre la gauche dite "radicale" et l'extrême droite, remettre en cause l'éducation telle qu'elle est pratiquée ça devrait être aussi détruire toutes ces figures qui nous servent des idéologies prémâchées tout juste bonnes à satisfaire l'égo de lecteurs qui se sentent avoir un rôle important à jouer dans l'évolution de ce monde...
C'est jamais facile l’aliénation. Parfois on aimerait bien avoir l'embarras de joie.
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Pete E.

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MessageSujet: Re: Entretien de Franck Lepage   Lun 28 Sep - 0:30

Lepage fait de la critique à la FDG depuis un moment. Dommage de consacrer un tel tarent oratoire à ce genre d'argumentaire, mais personne n'est parfait Neutral
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Lepauvre

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MessageSujet: Re: Entretien de Franck Lepage   Lun 28 Sep - 1:26

Pete E. a écrit:
Lepage fait de la critique à la FDG depuis un moment. Dommage de consacrer un tel tarent oratoire à ce genre d'argumentaire, mais personne n'est parfait Neutral
talent haut la toile ? jdm ?
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Mao_ré

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MessageSujet: Re: Entretien de Franck Lepage   Lun 5 Oct - 22:23

Il est à la page le mec.
Avec ou sans Corinne.
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Moraletta



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MessageSujet: Re: Entretien de Franck Lepage   Mer 7 Oct - 8:45

N'oublie pas Rigouste, lui il est parfait I love you
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